En bref : En 2025, les plus grandes entreprises pharmaceutiques sont passées de l'achat de solutions d'intelligence artificielle (IA) à leur développement à partir des données de tiers. Tempus a signé des accords d’une valeur de $200 millions pour concéder sous licence ses données en oncologie et co-développer un modèle de base avec AstraZeneca et Pathos, tandis que Bayer a exploité la base de données de ConcertAI, qui contient des millions de dossiers sur le cancer. L’actif durable de l’IA en oncologie réside dans les données patients triées et anonymisées, et c’est celui qui en est propriétaire qui en fixe les conditions.
Les transactions qui ont marqué ce tournant
Deux accords ont permis de mettre clairement en évidence cette tendance. Tempus a signé des accords élargis avec AstraZeneca et Pathos pour mettre en place ce que les partenaires appellent le plus grand modèle de base multimodal en oncologie, Tempus percevant environ $200 millions au titre des redevances de licence de données et de développement de modèles. Tempus apporte la matière première : plus de 7,3 millions de dossiers de patients anonymisés, comprenant des notes cliniques, des données génomiques, d'imagerie et de transcriptomique.
À quelques jours d'intervalle, ConcertAI a annoncé la signature d'un accord pluriannuel avec Bayer pour mettre à profit sa plateforme Translational360 dans le domaine de l'oncologie de précision. Cette plateforme s'appuie sur une base de données cliniques et moléculaires de niveau recherche, reliée à un réseau de dossiers anonymisés provenant de plus de 9 millions de patients atteints d'un cancer à travers les États-Unis.
Le modèle se banalise, les données s'accumulent
Ces accords marquent un tournant : on passe de l'adoption de modèles d'IA à leur développement. À mesure que les architectures de modèles se généralisent et que les poids ouverts se multiplient, l'algorithme devient un produit de base. Ce qui fait défaut, ce sont des données patients multimodales à grande échelle, conformes à la réglementation, obtenues avec le consentement des patients, nettoyées et croisées entre la génomique, l'imagerie et les résultats cliniques.
La constitution de cet actif nécessite des années de travail et des relations cliniques solides, ce qui le rend difficile à reproduire. Un géant pharmaceutique peut obtenir une licence pour un modèle en l’espace d’un après-midi, mais il reste difficile de reproduire une base de données soigneusement constituée contenant des millions de dossiers oncologiques interconnectés. L’entreprise qui détient ces données détient le pouvoir de négociation, et les redevances de licence en découlent.
Pourquoi cette structure favorise les propriétaires de données
Sur le plan économique, le détenteur des données en tire un double bénéfice. Le premier versement prend la forme de redevances de licence ou de développement, comme le montrent les accords Tempus. Le second s'accumule au fil du temps, car un même ensemble de données peut alimenter successivement de nombreux modèles chez divers partenaires, chacun payant pour y avoir accès. Un ensemble de données de grande qualité fonctionne comme une rente, générant des revenus année après année.
Cet accord permet également au propriétaire des données de rester au plus près de la recherche scientifique. En participant au développement du modèle, le partenaire chargé des données acquiert une meilleure compréhension des cibles thérapeutiques et de la conception des essais cliniques, ce qui ouvre de nouvelles perspectives commerciales. La propriété des données d'entrée se traduit par une place à la table des négociations concernant les résultats.
Ce que cela signifie pour les investisseurs et les fondateurs
Le message adressé aux investisseurs est clair. Dans le domaine de l’IA appliquée à l’oncologie, l’entreprise digne d’être financée détient des données cliniques multimodales exclusives, pour lesquelles un consentement a été obtenu, ainsi que les droits de licence correspondants. C’est dans ces données que réside son avantage concurrentiel, car les concurrents peuvent facilement reproduire un modèle. L’analyse de diligence raisonnable doit se concentrer sur la provenance des données, la portée du consentement, l’étendue des modalités concernées et les contrats régissant leur réutilisation.
Cette approche est au cœur de la manière dont Allegory Capital évalue l’IA appliquée à la santé. Les entreprises les plus intéressantes pour un investissement considèrent leurs données comme un produit, mettent en place les droits et l’infrastructure nécessaires pour les concéder sous licence en toute transparence, et deviennent le partenaire incontournable de tout laboratoire pharmaceutique souhaitant entraîner un modèle. Les transactions conclues en 2025 constituent une première preuve que la valeur de l’IA en oncologie réside dans les données, et que le marché est prêt à payer pour cela.
Références
- Tempus en passe de décrocher un contrat de $200M avec AstraZeneca ; accord avec Pathos pour le développement d'un modèle de cancer : https://www.fiercebiotech.com/biotech/tempus-ai-line-200m-astrazeneca-pathos-deal-develop-cancer-model
- Tempus signe des accords stratégiques élargis avec AstraZeneca et Pathos pour le plus grand modèle de base multimodal en oncologie : https://www.tempus.com/news/tempus-signs-expanded-strategic-agreements-with-astrazeneca-and-pathos-to-develop-the-largest-multimodal-foundation-model-in-oncology/
- ConcertAI annonce la conclusion d'un accord stratégique avec Bayer visant à accélérer le développement clinique dans le domaine de l'oncologie de précision : https://www.businesswire.com/news/home/20250422551624/en/ConcertAI-Announces-Strategic-Agreement-with-Bayer-to-Accelerate-Clinical-Development-in-Precision-Oncology