Prendre contact
Allegory Capital SA,
Chem. du Vernay 14
1196 Gland
Suisse
+41 21 561 34 97
contact-ch@allegory.capital
Demandes de renseignements sur le travail
work@allegory.capital
+41 21 561 34 97
Retour

La réalité du capital-risque en Suisse : Un mirage biotechnologique dans un écosystème creux

Cet article est une analyse de la Rapport semestriel SECA Venture Capital 2025.

La performance de la Suisse en matière de capital-risque au cours du premier semestre 2025 semble solide à première vue. Les capitaux investis ont augmenté de 36% en glissement annuel pour atteindre 1,47 milliard de francs suisses. Pourtant, cette augmentation se cache derrière une réalité fragile : le volume des transactions continue de diminuer, les capitaux affluent vers un nombre restreint de secteurs et de phases, et la confiance des investisseurs est parsemée de contradictions. Le dernier rapport sur le capital-risque en Suisse, co-publié par la SECA et Startupticker.ch, ne révèle pas un marché en voie de rétablissement, mais un marché aux prises avec ses dépendances et ses déséquilibres.

Trois forces définissent le cycle actuel : une surconcentration dans la biotechnologie, un manque de capitaux pour la mise à l'échelle et une inadéquation entre l'optimisme des investisseurs et l'anxiété des portefeuilles. Alors que les gros titres se concentrent sur les licornes et les tours de table records, les données racontent une histoire plus précaire.

La biotechnologie, bouée de sauvetage ou canot de sauvetage ?

La domination du secteur par quelques méga-opérations

Les biotechnologies ont représenté 705 millions de francs suisses de capitaux au premier semestre 2025, soit près de la moitié du total levé à l'échelle nationale. Il s'agit d'un record historique, alimenté par une poignée d'énormes levées de fonds. Windward Bio a levé à elle seule 183,1 millions de francs. GlycoEra a suivi avec 107,5 millions de francs. Ces deux entreprises sont en phase de démarrage, mais elles sont soutenues par des équipes fondatrices très expérimentées et des pipelines scientifiques en phase avancée. Ces opérations mettent en évidence la capacité inégalée du pays à transformer la recherche universitaire en entreprises de qualité pour les investisseurs.

Le volume d'investissement semble impressionnant, mais il est très concentré. Sept des dix premiers investissements ont été réalisés dans le domaine de la biotechnologie. Cinq d'entre eux étaient en phase de démarrage. Si cela confirme la force des sciences de la vie en Suisse, cela signale également un risque de déséquilibre systémique. Sans diversité dans la croissance du secteur, le moteur national de l'innovation reste exposé à la cyclicité d'un seul secteur vertical.

Le danger d'une économie de l'innovation déséquilibrée

D'autres secteurs ont montré des signes de vie. Les TIC et la fintech ont enregistré une reprise du capital investi, avec une hausse de 86,31 et 92,71 TTP3 respectivement. Toutefois, ces gains restent inférieurs aux valeurs de référence d'avant la pandémie. Les technologies propres sont plus préoccupantes : leur base de capital a été divisée par deux et le volume des transactions a chuté de près de 20%. Cette performance diverge fortement des tendances des technologies climatiques au niveau de l'UE, où le financement des technologies propres a augmenté grâce à l'alignement élargi des subventions et à l'activité souveraine en matière de capital-risque. La sous-performance de la Suisse reflète un désalignement structurel entre la politique nationale et l'appétit du capital-risque.

Le rétrécissement du capital à un petit nombre d'opérations biotechnologiques coïncide également avec une baisse du nombre total de tours de financement. De 138 tours au premier semestre 2024 à seulement 124 au premier semestre 2025, la Suisse a connu trois périodes consécutives de baisse du volume des transactions. Cette tendance montre que les capitaux ne circulent pas de manière générale, mais verticalement, en amont, vers des entreprises moins nombreuses et moins risquées.

Capital de démarrage et inadéquation des stades de développement

Le capital de départ prospère, mais le capital de croissance stagne.

Les tours de table d'amorçage et de démarrage restent actifs. Le financement d'amorçage a plus que triplé par rapport aux niveaux de 2019. Les premiers stades ont levé un montant record, encore une fois soutenu par d'importantes sociétés de biotechnologie. Toutefois, la phase finale se détériore. 660 millions de francs suisses ont été levés dans le cadre de cycles de croissance au premier semestre 2025, soit 5,5% de moins que l'année précédente. En 2022, ce chiffre dépassait les 2 milliards de francs suisses. Le nombre d'opérations pour les tours de table en phase finale est même tombé en dessous des niveaux de 2019.

Cette compression n'est pas propre à la Suisse. À l'échelle mondiale, les investisseurs croisés se sont retirés de la phase de croissance. Cependant, le défi de la Suisse est amplifié par l'absence de capital de croissance national. Il n'existe pas de fonds de croissance souverains comme Tibi en France ou KfW Capital en Allemagne. Par conséquent, les start-ups doivent soit se tourner vers l'étranger, soit stagner entre la série A et la sortie.

Les déséquilibres régionaux étouffent l'innovation à grande échelle.

Bâle-Ville a attiré les capitaux en levant 420,5 millions de francs suisses, un record historique pour le canton. Zurich a contribué à hauteur de 449,7 millions de francs suisses, mais sa part du capital national investi est tombée à 30,5%, un niveau historiquement bas pour la région. Zoug a enregistré un fort rebond, tandis que Vaud a vu sa levée de capitaux tomber à son plus bas niveau depuis cinq ans, soit 168 millions de francs suisses, malgré une légère augmentation des tours de table.

Ces disparités suggèrent que les résultats nationaux en matière d'innovation continuent à dépendre fortement de quelques cantons clés. En dehors de Bâle et de Zurich, le flux de capital-risque est incohérent et vulnérable aux chocs macroéconomiques. Sans un développement régional intentionnel, l'innovation suisse continuera à se concentrer de manière étroite, limitant ainsi son impact économique plus large.

Dépendance à l'égard de l'étranger, gel des sorties et contradictions dans les enquêtes

La bouée de sauvetage américaine est assortie de conditions.

Au premier semestre 2025, les investisseurs américains représentaient plus d'un tiers de l'ensemble du capital-risque investi dans les start-ups suisses. Ils ont participé à environ un quart de tous les cycles de financement, avec une forte présence dans neuf des dix-sept transactions dans le domaine de la biotechnologie. Cette tendance souligne l'attrait mondial de la deeptech et des sciences de la vie suisses.

Cependant, la dépendance à l'égard des capitaux américains introduit une volatilité externe. Près de la moitié des investisseurs suisses pensent désormais que les changements de politique aux États-Unis - en particulier sous l'administration Trump - auront un impact négatif sur les opérations internationales des entreprises de leur portefeuille. L'exposition aux risques de change, aux tarifs douaniers et aux perturbations réglementaires augmente. Une base d'investisseurs étrangers diversifiée réduirait le risque de cette exposition, mais la Suisse reste fortement déséquilibrée.

Les sorties restent difficiles à trouver, ce qui ralentit la boucle de recyclage.

Les sorties restent rares. Le rapport ne met en évidence que deux résultats significatifs : L'acquisition d'Araris Biotech par Taiho Pharmaceutical, qui a obtenu le statut de licorne, et l'introduction en bourse de BioVersys sur le SIX Swiss Exchange pour un montant de 80 millions de francs suisses. Les TIC ont connu une légère augmentation des sorties, passant de six à dix, mais la plupart étaient de petites acquisitions ayant un impact limité en aval.

Ce manque de liquidité a des conséquences. Moins de sorties signifient un recyclage limité des capitaux vers les LPs et les gestionnaires de fonds. Les marchés secondaires restent sous-développés. La fenêtre d'introduction en bourse reste étroite. En l'absence de mécanismes de sortie plus solides, même les portefeuilles performants auront du mal à restituer le capital, ce qui affectera les cycles futurs de collecte et de déploiement de fonds.

Le sentiment des investisseurs est partagé entre l'optimisme et la prudence.

L'enquête auprès des investisseurs nuance les tendances en matière de capitaux. Les deux tiers des personnes interrogées estiment que l'environnement est bon. Quatre-vingt-huit pour cent d'entre eux s'attendent à un plus grand nombre d'opportunités de transactions au cours de l'année à venir. Pourtant, seuls 72 % d'entre eux prévoient d'augmenter leurs nouveaux investissements. L'écart entre l'optimisme et l'action reflète la prudence.

Cinquante-quatre pour cent des personnes interrogées s'attendent à une baisse des prix d'entrée. Quarante-cinq pour cent prévoient de nouvelles dépréciations de leurs portefeuilles, contre 38 % l'année précédente. Un grand nombre de ces dépréciations ont probablement déjà eu lieu, ce qui laisse supposer une reconnaissance tardive ou des tours de table qui ont masqué les baisses d'évaluation.

Les perspectives en matière de collecte de fonds reflètent une tension similaire. L'année dernière, 27 % des répondants s'attendaient à une détérioration des conditions de collecte de fonds. Cette année, ce chiffre est passé à 49 %. Les petits gestionnaires, en particulier ceux dont les fonds sont inférieurs à 50 millions d'euros, sont confrontés à une pression croissante, car les investisseurs institutionnels restent réticents à prendre des risques. Si le prochain cycle de collecte de fonds s'enlise, la capacité de l'écosystème à soutenir les nouveaux fondateurs s'affaiblira.

Les angles morts stratégiques et le milieu manquant

La réputation de la Suisse dans le domaine de la biotechnologie est méritée. Sa capacité à lancer des entreprises dotées d'actifs cliniquement avancés et d'équipes de gestion expérimentées est de niveau mondial. Mais cette force est devenue une béquille. Les secteurs non biotechnologiques restent sous-développés et sous-financés. Les TIC, les technologies financières, les technologies propres et les technologies d'avant-garde ont peu de possibilités de mise à l'échelle, peu de modèles et peu de capital de croissance.

Le vide dans lequel se trouve le pays à mi-parcours est le reflet d'un défi européen plus large. Pourtant, d'autres pays réagissent. L'initiative française Tibi a débloqué 6 milliards d'euros de fonds propres de croissance. En Allemagne, KfW Capital soutient des fonds de développement. La Suisse doit encore introduire un mécanisme comparable.

Les capitaux nationaux restent prudents. Les fonds de pension et les gestionnaires d'assurance investissent rarement dans le capital-risque. Les family offices investissent sporadiquement, souvent aux côtés de partenaires américains. En l'absence de partenaires institutionnels locaux prêts à soutenir les fonds de croissance suisses, la formation de capital continuera à dépendre de sources étrangères.

Le goulot d'étranglement des sorties aggrave le problème. Avec peu d'introductions en bourse et peu de fusions-acquisitions, la boucle des capitaux est rompue. Les LPs hésitent. Les GPs se resserrent. Les fondateurs se taisent. L'innovation est lancée, mais rarement mise à l'échelle.

La Suisse à la croisée des chemins

Le marché suisse du capital-risque en 2025 est à la croisée des chemins. Les succès de la biotechnologie sont réels, mais ils masquent des vulnérabilités plus profondes. Les flux de capitaux du pays sont concentrés, son pipeline de mise à l'échelle s'amenuise et le sentiment des investisseurs est partagé entre opportunité et inquiétude.

Il ne s'agit pas d'une crise. C'est un signal. La Suisse peut étendre son leadership en matière d'innovation en élargissant son champ d'action, en renforçant le capital de croissance national et en construisant une infrastructure pour les liquidités. La prochaine vague de licornes suisses ne viendra pas seulement des laboratoires de Bâle, mais aussi des laboratoires d'énergie propre de Lausanne, des plateformes fintech de Zoug et des entreprises d'intelligence artificielle de Zurich.

Pour débloquer cet avenir, l'écosystème doit cesser de s'appuyer sur une seule force et commencer à construire de manière transversale.

Références

¹ PitchBook European Venture Report Q4 2024
² Swiss Venture Capital Report 2025 - H1 Update (SECA, Startupticker.ch)
CB Insights Venture Capital State Report Q2 2025 (rapport sur l'état du capital-risque)
⁴ EIF VC Survey 2024 - Fonds européen d'investissement
⁵ Perspectives STI de l'OCDE 2023 - Lacunes de l'innovation en Europe
⁶ Base de données Startup.ch (consulté en juillet 2025)

Orsen Okami
Orsen Okami
https://www.kainjoo.com
Kainjoo est une société de technologie de la marque qui propose aux industries réglementées des activités de marque adaptées aux principes Kaizen et Six-sigma.

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *